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CHAPITRE 1 - Forêts urbaines : 
                                                          historique Bois de Boulogne

Le concept de forêt urbaine est apparu à la fin du XXème siècle au Canada et dans des villes abritant de vastes étendues boisées, Paris n’étant toutefois pas compris dans la liste. Nous définirons donc les bois parisiens comme des bois urbains, «formations végétales naturelles, majoritairement constituée d’essences forestières pour le côté bois, englobées dans le tissu urbain», ce qui les différencie nettement des « parcs urbains », à consonance plus horticole, plus artificielle.


Les Bois parisiens sont issus des vastes régions forestières qui entouraient Lutèce, avec à l’ouest la Rubridum sylva bordant la Seine (« rubridum » était la déformation de robuterum signifiant « chênaie » ou « de chênes », à l’origine de la Forêt de Rouvray), et à l’est la Lanchonia sylva traversée par la Seine et la Marne dont fut issue la Vilcena sylva à l’origine du Bois de Vincennes. Ils couvrent actuellement 846 hectares côté Boulogne et 995 ha côté Vincennes.




De part cette « ancienneté », ils diffèrent  des autres grands parcs urbains étrangers, souvent créés de toute pièce, tels Central Park à New York avec 341 ha, achevé en 1873 et Hyde Park à Londres, qui ne couvre que 250 ha.,




A l’ouest, la forêt de Rouvray, futur bois de Boulogne, est plutôt dédiée aux plaisirs avec le château de Madrid, château Renaissance non défensif construit par François Ier à partir de 1528, achevé en 1568 et démoli en 1799), le château de la Muette (1550, modifié en 1741, 1912 puis détruit en 1919), et même l’abbaye de Longchamp fondée en 1255 par la sœur de Saint Louis (démolie en 1795), tandis que la vocation militaire du bois de Vincennes, alors plus petit, ne fait que s’affirmer. Clos de murs et réservés au Roi, ces deux espaces seront ouverts la journée au peuple, à partir du milieu du XVIIIème siècle.


A la fin du XVIIème siècle, le Bois de Boulogne, après avoir appartenu à de nombreux propriétaires, dont des ecclésiastiques, est désormais une propriété royale pleine et entière, constituant le parc du château de Madrid, alors clos d’un mur percé de portes aux entrées des principales voies, dont on retrouve encore actuellement les noms et les principales localisations. A chacune des portes de cette enceinte achevée vers 1670, s'élevait un pavillon avec un logement pour un grand seigneur ou un haut dignitaire. 


Plan de 1830 avec les portes ou grilles et les allées droites aboutissant à des carrefours en étoile, pour faciliter le travail de surveillance et le déroulement des chasses.




Avec la construction des fortifications, en 1841, le bois perd presque 90 hectares sur sa bordure Est côté Paris.


Vers 1850, Napoléon III,  revenu de son exil londonien, veut pour Paris une promenade qui surpasse les fameux parcs anglais et s’intéresse alors au bois de Boulogne, qui était dans un triste état. Paris doit aussi accueillir l’Exposition Universelle en 1855. Il en fait don à la Ville de Paris en 1852, celle-ci devant l’aménager en promenade publique


Les transformations sont dirigées par Haussmann, qui crée pour son adjoint Jean Charles Adolphe Alphand, le Service des Promenades et Plantations. Alphand constitue alors une équipe composée d’architectes sous la direction de Davioud et de paysagistes sous celle de Barillet-Deschamps, qui insuffleront à toutes leurs créations, dans les bois et dans les nouveaux espaces verts parisiens, un style reconnaissable parmi tous.


Le mur d’enceinte est démoli, et le bois est ouvert sur la Seine avec l’acquisition de terrains dans la Plaine de Longchamp, ce qui permit d’accueillir un hippodrome. Des allées sinueuses remplacent les allées droites, des ruisseaux, des pièces d’eau sont créés, de nombreuses plantations sont réalisées. De nouveaux espaces, de nouvelles vocations apparaissent.

Le montant des travaux s’élève à 14 millions de francs dont 3,5 sont à la charge de la VP, le reste étant financé par la vente de parcelles, notamment côté Neuilly et Boulogne. Les travaux qui durèrent de 1853 à 1858 sont décrits avec une grande précision dans l’ouvrage « Les promenades de Paris », rédigé par Alphand.


Plan de 1858




Les transformations ne sont pas que paysagères, car la loi de juillet 1852, en imposant la transformation du bois de Boulogne en promenade publique, supprima sa vocation forestière première et entraîna d’office sa distraction du Régime Forestier, avec la disparition des protections réglementaires afférentes.

Les bois parisiens sont donc des « espaces verts » et non des forêts ou des bois classiques, des domaines publics artificiellement aménagés.


D’autres réglementations « protectrices » s’appliquent, dont les plus remarquables sont :

  1. - celles relatives au classement en 1957, en tant que Site Classé, conformément à la loi du 2 mai 1930, qui protège les sites naturels dont l’intérêt paysager, artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, justifie un suivi qualitatif. Les principales conséquences sont l’obligation d’obtenir une autorisation préalable de l’Etat, de la Préfecture, l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France ou de l’Inspecteur des Sites, pour toutes les interventions susceptibles de modifier l'état ou l'apparence du territoire protégé, autres que celles d’exploitation courante.

  2. - La loi sur les Monuments Historiques, qui concerne le château de Bagatelle, bâti en 60 jours en 1777 par le comte d’Artois,  modifié vers 1864 puis classé en 1978, et le jardin du Fleuriste municipal, achevé en 1898 , qui va toutefois accueillir l’extension du stade Roland Garros. Cette loi interdit toute modification visible dans un rayon de 500 m autour des sites concernés, sauf autorisation  naturellement (Etat, Préfecture).


Dès le début, les bois parisiens eurent du succès, un chemin de fer spécial étant même créé en 1855, entre la gare Saint Lazare et celle d’Auteuil, pour amener chaque dimanche, 20 à 25 000 usagers au Bois de Boulogne. Désormais inutilisée, cette ligne  inutilisée est maintenant reconvertie en promenade écologique, la « coulée verte ».

150 ans plus tard, pour ce Bois, ce sont plus de 10 millions de visiteurs annuels qui ont été annoncés par le CREDOC, dans une enquête réalisée entre 2001 et 2003, chiffres établis hors manifestations, hors évènementiels dans les concessions, hors fréquentation nocturne.


Cette fréquentation, voire surfréquentation de certains secteurs représente une contrainte de gestion non négligeable, notamment vis-à-vis de l’éventuelle fragilité du patrimoine végétal, les bois parisiens, noyés dans un tissu urbain très denses, étant devenus l’objet d’enjeux écologiques non négligeables pour la Municipalité, tout en représentant un attrait certain pour les espaces « libres » qu’ils offrent, et que certains verraient bien occupés par de nombreuses activités.


Brigitte SERRES / Décembre 2015

 
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Grande cascade du bois de Boulogne

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Kiosque de l'Empereur au Bois de Boulogne

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La Rencontre au bois de Boulogne

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Bois de Boulogne : Les serres d'Auteuil

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