ACCUEIL     CHAPITRE 1       CHAPITRE 2      CHAPITRE 3      CHAPITRE 4      CHAPITRE 5Introduction.htmlCHAPITRE_1.htmlCHAPITRE_2-ARTS.htmlhttp://livepage.apple.com/CHAPITRE_3-FONCTIONS.htmlCHAPITRE_4-USAGE_FORETS.htmlshapeimage_2_link_0shapeimage_2_link_1shapeimage_2_link_2shapeimage_2_link_3shapeimage_2_link_4shapeimage_2_link_5
 
 

La déforestation est à Madagascar l'une des plus alarmantes du monde tropical

Madagascar abrite une biodiversité unique au monde due à son insularité et sa diversité de climats. Considérée comme un HotSpot, elle doit faire face à de nombreuses menaces dont l’une des plus graves est la déforestation.  A la différence de certains pays d’Afrique continentale, les principales causes directes de la déforestation à Madagascar sont endogènes. Faute d’infrastructures routières et de grandes entreprises forestières, la dégradation des ressources forestières a été largement le fait de paysans pauvres ouvrant de nouveaux espaces forestiers. Les raisons s’entremêlent entre des raisons économiques, mais aussi socio-culturelles, ce qui rend la lutte contre la déforestation bien complexe.




Latérite qui remplace la forêt


Conversion des forêts en terre agricole

L’augmentation de la démographie malgache a entrainé une pression sur les terres cultivables, en grande partie pour la riziculture. Les meilleures terres situées aux abords des cours d’eau ont vite été saturées et les regards se sont portés vers la forêt, plus difficile d’accès par sa topographie et son éloignement des villages, mais seule alternative existante. L’agriculture des forêts sur « défrichage-brûlis » a permis aux paysans d’accéder à de nouvelles terres pour une courte période, de quelques années, avant d’épuiser les sols et de devoir jeter leur dévolu sur de nouvelles parcelles forestières. Ce phénomène perdure aujourd’hui que ce soit pour une agriculture de subsistance ou de rente.

Certaines régions de Madagascar dont l’agriculture est tournée vers l’élevage participent elles aussi à la déforestation en générant des feux de brousse qui permettent de créer des pâturages pour leurs zébus. Malheureusement, ces feux ne sont pas contrôlés et viennent réduire l’espace des forêts restantes. 




Feux de brousse illégal dans la région de Manantenina - © DIORIT


La production de charbon de bois

L’activité de charbonnage s’est intensifiée de façon concomitante à la croissance des zones urbaines. Les énergies fossiles et électriques étant hors d’accès pour 90%  de la population urbaine, la demande en énergie domestique a trouvé réponse dans l’achat de charbons de bois. Sans encadrement, le marché s’est développé et s’est inscrit dans une économie de subsistance pour les plus défavorisés de la population paysanne, rendant aujourd’hui d’autant plus difficile la régulation de la production. C’est principalement l’eucalyptus ou le pin qui sont utilisés pour la fabrication du charbon. Un hectare d’eucalyptus génère une production d’à peine une tonne, soit environ 300 sacs. On estime à environ 402 000 tonnes la consommation de charbon de bois sur la Grande île en 2012, soit environ 110 000 ha de forêt décimée.


La surexploitation et le commerce illégal en particulier du bois de rose et du bois d’ébène 

C’est à la suite du coup d’Etat en 2009 mené par Andry Rajoelina, resté au pouvoir jusqu’en 2014, que la contrebande de bois précieux a explosé. Le marché du bois de rose a généré des millions, si ce n’est des milliards d’euros, de transaction. La demande provient de Chine et malgré les pressions internationales, les achats de bois de rose n’ont eu de cesse de perdurer.

Stocks de bois de rose entassé sur une plage près d’Antalaha, en attente d'exportation vers la Chine ou l'Europe


Sur le terrain, les acteurs ne sont organisés, la manne financière étant attractive, la population aux abords du Parc de Masoala, situé au nord-est de Madagascar, a augmenté. Ce ne sont bien évidemment pas les petites mains qui extraient le bois de la forêt qui deviennent riches, elles sont juste un peu moins pauvres. Mais dans cet environnement où tous les acteurs sont mouillés (gouvernement, Eaux et Forêts, villageois…), il est bien difficile de lutter contre ce pillage. Aujourd’hui, il ne reste plus de bois de rose à exploiter, à peine de quoi générer l’espèce…


L’accès à la terre par le droit coutumier

À Madagascar, le droit coutumier indique que l’acquisition de la terre se fait par son occupation et son défrichement. Rien de mieux pour encourager le brûlis des forêts pour les familles désirant agrandir leurs parcelles ou les nouveaux arrivants au village désirant acquérir un bout de terrain.




Village près de Ambalandingana - © Bernard GAGNON


Les solutions

Face à ce constat, les solutions existent ! Elles sont menées à bien sur le terrain mais manquent cruellement de budgets pour faire la différence. Les voici :

  1. Améliorer les techniques de riziculture pour augmenter les rendements

  2. Diversifier l’alimentation de la population rurale afin de réduire la pression sur la production de riz

  3. Diversifier les cultures vers des activités génératrices de revenus

  4. Mener des programmes de reboisement à grande échelle

  5. Professionnaliser et règlementer la filière charbonnière

  6. Améliorer l’efficacité énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables

  7. Appliquer une politique et règlementation de préservation et contrôle de l’exploitation des bois précieux

  8. Règlementer l’accès à la propriété des terres évitant la progression des brûlis

Avec derrière une idée aussi simple que révolutionnaire, « puisque c’est l’économie qui détruit la forêt et ses habitants, il n’y a que l’économie qui puisse la sauver », les équipes de l’association Cœur de Forêt s’activent pour réhabiliter les espaces dégradés, former les habitants à l’agroforesterie, créer des nouvelles filières de commerce équitable et développer des alternatives économiques à la déforestation. Une véritable économie est en cours de création, avec au total une trentaine de produits (huiles végétales, huiles essentielles, parfum, miel, épices) fabriqués par 7 communautés à travers 6 pays dans le monde et commercialisés en local et à l’international. Son système de développement implique et accompagne la population rurale malgache vers une économie qui, pour une fois, préserve la forêt.




Charlotte MEYRUEIS
Directrice Association Cœur de Forêt

 
CHAPITRE 5 - DÉFORESTATION À MADAGASCAR

Agriculture sur brûlis, Morondava

© Frank VASSEN

Haut de pageCHAPITRE_1-anatomie.htmlshapeimage_6_link_0

Près de la ville portuaire de Antalaha, coupe illégale de bois de rose et transformation en planches (qui est considéré comme "forme semi-fini")

Brûlis près d’Ambalapaiso, S-E Madagascar, région d’Anosy - © DIORIT

© Erik PATEL

© Jules BOSCO