Hommage à Pierre Loti

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Pierre Loti fut probablement le plus important des écrivains « orientalistes » en son temps. Infatigable voyageur, son métier d’officier de marine l’a emmené d’un bout à l’autre de ces continents lointains. Esprit curieux, partout il tentait de pénétrer l’âme de ces peuples étranges qu’il découvrait avec avidité. Toute sa vie il essaiera de garder intacts les sensations et souvenirs de ces instants éphémères d’une vie toujours en mouvement. Et à chacune de ces escales un peu prolongées, contrairement à l’immense majorité des voyageurs de son époque, il ne se contentera pas de regarder seulement l’aspect extérieur, toujours il cherchera à connaître et rencontrer les peuples qu’il croisait. Il ne lui suffisait pas de voir, il fallait aussi qu’il se lie. Et qu’il garde tout. Pour cela, Il commença très tôt par son journal.

L’écriture devait suffire. Mais cette écriture n’était que pour son usage personnel. Longtemps, Pierre Loti douta de son écriture, pour lui son talent ne pouvait être que dans le dessin. Depuis son enfance le dessin, qui était une matière importante dans l’éducation de son époque, avait trouvé en lui un écho et une facilité doublée d’une grande rapidité d’exécution.

Rapidement d’importants problèmes financiers, le poussèrent à trouver quelques expédients pour arrondir sa solde d’officier et ainsi pouvoir soutenir sa famille. Et c’est en faisant parvenir à l’Illustration ses dessins de l’Ile de Pâques en 1872, qu’il commence à être publié, la plupart du temps de manière anonyme, mais il se refuse à envoyer un texte qu’on lui réclame pourtant, se contentant d’y joindre quelques notes explicatives que sa sœur aînée devait utiliser pour rédiger elle-même un article d’accompagnement.

L’hommage de la Chambre de Commerce d’Istanbul à Pierre Loti

Pierre Loti nous a laissé environ cinq cents dessins que deux grands spécialistes de son œuvre, Alain Quelle-Villéger et Bruno Vercier ont réunis en 2009 dans un magnifique livre «Pierre Loti dessinateur» aux éditions Bleu Autour.

Et c’est en hommage à Pierre Loti, le plus célèbre des écrivains français en Turquie, que la Chambre de Commerce d’Istambul a permis la réédition  de ce livre dans une version de luxe bilingue, turc et français sur papier glacé, aux éditions turques Kirmizi. Pierre Loti tomba amoureux de ce pays lors de ces multiples séjours à «Stamboul», notre Istambul, cette ville cosmopolite, carrefour de plusieurs mondes, ou il vécut une intense et profonde histoire d’amour avec la jeune Hatidjé, qu’il immortalisa dans son roman le plus célèbre «Aziyade».

Ce goût pour le dessin accompagna Pierre Loti tout au long de ses voyages. Même quand il commença enfin à écrire avec le talent qu’on lui connaît, et que la célébrité fut arrivée, l’écrivain qu’il était enfin devenu continua à dessiner.

Le grand public ignore dans sa grande majorité, cet aspect de l’œuvre de Pierre Loti. Pourtant il s’agit d’un formidable témoignage historique de ces lieux lointains, car non seulement Pierre Loti dessinait avec talent, mais aussi avec authenticité et précision. Un grand souci du détail, une énorme curiosité intellectuelle lui faisait croquer sur le vif la nature, les paysages, les scènes de la vie, des portraits.

Mais en les regardant de plus près, on peut s’apercevoir que ses dessins au trait si sûr, sont complémentaires de son écriture. Pierre Loti dessine ce qu’il ne peut écrire et écrit ce qu’il ne peut dessiner. Plus tard il utilisera la photographie comme une méthode supplémentaire pour emmagasiner un monde de souvenirs que quelque part il craint de perdre et de voir disparaître. Pour les anciens égyptiens, le seul fait de prononcer le nom d’un disparu, suffisait à le faire exister. Pour Loti, le texte, le dessin et l’image étaient les seuls moyens pour garder intact la vie qu’il avait vécue.

Il fut un inconditionnel ami de la Turquie qui le lui rendit bien, une rue d’Istambul porte son nom, une société littéraire aussi qui œuvre à traduire et à promouvoir les livres de Pierre Loti. Il reste encore son Journal qui se devrait d’être traduit en turc, car si l’œuvre de Loti fait en quelque sorte partie de l’histoire littéraire turque, n’oublions pas l’importance de l’action politique de Loti pour défendre l’intégrité de la Turquie moderne. Pierre Loti fut un maillon essentiel dans la construction de l’amitié franco-turque. Et la publication en version bilingue de cet ouvrage en Turquie est bien une preuve de la solidité des liens qu’il avait forgé entre nos deux pays. Merci à la Chambre de Commerce d’Istanbul de ce geste d’amitié.


Frédéric MOUREN de POLIGNY